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Actualités du voyage : tous les titres


Au sujet des Conseils aux voyageurs sur le site du ministère des affaires étrangères,

par Hubert Debbasch, PDG de Terre Entière


 



A la frontière du Koweït et du Sud de l'Irak

"Bon voyage" :
frontière entre le Koweït et le Sud de l'Irak

 

Mao et la Place Rouge

Voyager en Chine...

 

Libye : Leptis Magna

Richesses archéologiques de la Libye :
l'Arc de Septime Sévère à Leptis Magna




STATUT DES CONSEILS AUX VOYAGEURS

     Un projet de loi sur « l’action extérieure de l’État » est en discussion au Parlement. Il vise à « responsabiliser les ressortissants français qui se rendent sans motif légitime dans des zones dangereuses alors qu’ils ont reçu des mises en garde sur les risques encourus ». Le même texte prévoit des sanctions financières pour les voyageurs aussi bien que pour les voyagistes, telle la possibilité pour l’État de se faire rembourser tout ou partie des frais engagés pour secourir des ressortissants français en danger. Ce projet et les débats qu’il va susciter constituent une occasion privilégiée de considérer le statut des « Conseils aux voyageurs » en ligne sur le site Internet du Quai d’Orsay.

DES INFORMATIONS DONNÉES PAR LES DIPLOMATES

     La plupart des grands pays dont les résidents partent de manière régulière à l’étranger se sont dotés d’un service public d’information. Le plus souvent, il est fourni par l’appareil diplomatique de chaque État censé disposer d’informations précises concernant un grand nombre de pays. Les États-Unis ont le réseau diplomatique le plus large. La France les suit de très près. Viennent ensuite l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie. Dans les cinq pays, c’est le site du ministère des Affaires étrangères qui est la source d’informations. Le caractère le plus professionnel et le plus complet nous semble revenir aux deux sites anglo-saxons, même si le site français a bien heureusement fait de sérieux progrès depuis quelques années. Même s’il peut sembler normal que la première source d’informations sur la possibilité ou non de voyager dans tel ou tel pays vienne des autorités publiques et particulièrement de sources diplomatiques, on ne peut être dupe des arbitrages qui sont faits. Il vaut mieux rester pondéré et choisir ses mots quand on parle des risques qu’il peut y avoir à se rendre dans un pays si on souhaite conserver avec lui les meilleures relations. Il faut tout simplement être diplomate.


CONTRAINTES DIPLOMATIQUES

     Les conseils aux voyageurs revêtent donc une première ambiguïté qui vient de la source qui les donne. Peut-on encore conseiller de partir en Israël quand on sait ce qui se passe dans la toute proche bande de Gaza? Comment dire que la quasi-totalité du territoire israélien et même de la Cisjordanie restent extrêmement sûrs sans pour autant réduire la gravité de ce que connaît une grande partie du peuple palestinien ? Comment oser dire que le Kurdistan irakien est aussi sûr que Paris sans par là même reconnaître quelques conséquences positives à un mode américain d’intervention que l’on a puissamment combattu ? Comment dire encore que la Chine et le Tibet sont des destinations touristiques anodines tout en gardant de bons contacts autant avec les autorités chinoises qu’avec le Dalaï Lama? La version officielle des faits sera inévitablement colorée par les rapports de force et par les contraintes diplomatiques.


DES CONSEILS OU DES ORDRES ?

     La deuxième ambiguïté de ces conseils réside dans la manière même de les interpréter. Les avis ne sont-ils pas plutôt des ordres? Un État est en droit d’accorder ou non l’accès à son territoire à des étrangers. Mais les États démocratiques ne se permettent pas, de manière habituelle, d’interdire à leurs ressortissants de se rendre où que ce soit. Ce sont plutôt des personnes ou des organisations qui s’interdisent ellesmêmes d’aller dans tel ou tel pays. La conscience éclairée impose de surseoir à se rendre dans nombre de destinations pour des raisons de bon sens en fonction d’une conjoncture sociale, politique ou climatique. Mais il peut y avoir, selon nous, un manque de responsabilité à boycotter des pays en s’abritant derrière des conseils aux voyageurs. Certaines destinations sont proscrites autant que d’autres sont à la mode.


MÉCONNAISSANCE DU TERRAIN

     Dans un domaine aussi délicat et sur des terrains de plus en plus mouvants, le discernement s’impose. Et la capacité à délibérer de la possibilité ou non de se rendre quelque part dépend avant tout de la connaissance du terrain. Notre expérience de voyagistes responsables nous a souvent donné de constater que, pour exercer notre activité, nous devions avoir une connaissance bien plus précise des pays que les diplomates français qui y vivent: nous en faisons l’expérience concrète actuellement dans le sud de l’Irak.


RESPONSABILITÉ

     Les voyagistes responsables peuvent considérer les conseils aux voyageurs mais en aucune manière en prendre prétexte pour éviter d’avoir par euxmêmes et grâce à leurs correspondants une connaissance rigoureuse du terrain. Si Témoignage chrétien avait suivi ces conseils, ses lecteurs n’auraient vécu aucun des voyages marquants de ces dernières années, au Proche-Orient et en Algérie notamment. Si les conseils aux voyageurs deviennent des ordres, il y a matière à s’inquiéter.



© Article publié dans Témoignage chrétien, N° 3386, 4 mars 2010


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