M. Christian L. est rentré dernièrement d’un voyage en Tunisie que nous avons organisé pour une association dont il est membre. Parti sur les traces de Saint-Augustin, le voyage devait aussi permettre la découverte du pays dans sa globalité et il prévoyait bien évidemment des rencontres avec la population. M. L. a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions sur son expérience de voyage en Tunisie, un pays en plein renouveau et qui a vu sa fréquentation touristique lourdement chuter depuis plusieurs mois.
Avant même le départ de votre groupe pour la Tunisie, avez-vous eu des désistements liés à la situation politique tunisienne ?
Ce voyage en Tunisie était prévu de longue date, dès 2009. A l’origine, nous devions nous rendre en Algérie. Mais la situation sur place, notamment dans les lieux marqués par la présence de saint Augustin, ne permettait pas à un groupe de s’y rendre. Dès septembre 2010, nous avons donc revu notre projet et opté pour la Tunisie, soit bien avant le début du mouvement populaire. Nous comptions au départ 18 participants et ce sont 15 personnes qui sont parties de manière effective. Les trois défections sont liées aux événements qui ont eu cours dans le pays. Mais l’état d’esprit du groupe dès le départ était excellent et placé dans les meilleures dispositions pour vivre un voyage riche de sens.
Quelle fut votre première impression lorsque vous êtes arrivés à Tunis ?
La première impression ressentie fut l’accueil très chaleureux qui nous a été réservé. Et il s’agissait d’un accueil qui m’a semblé d’emblé franc, sincère et désintéressé. Et puis nous avons aussi remarqué quelques signes manifestes des événements récents. Les portraits de Ben Ali suspendus aux murs des couloirs de l’aéroport en ont été retirés. On distingue même ici où là la marque laissée par ces cadres quand ils n’ont pas été remplacés par des drapeaux tunisiens.
Lors des premières journées, et même par la suite, avez-vous ressenti parfois des tensions ?
A vrai dire, je n’ai pas ressenti de tension particulière lors du séjour même si on se posait légitimement des questions sur la situation avant d’arriver dans le pays. On remarque bien sûr une présence militaire non négligeable. Mais celle-ci est très principalement concentrée autour des bâtiments officiels. Et je n’ai jamais constaté des gestes d’agressivité de la population envers l’armée. On ressent au contraire une entente que je pourrais presque qualifier de « cordiale ».
On nous a parlé d’une rencontre imprévue faite par votre groupe. Vous pouvez nous en dire quelques mots ?
Oui tout à fait. Nous souhaitions nous rendre dans une bonne librairie francophone de Tunis pour y trouver des idées de souvenirs. Et il s’est avéré que les propriétaires de la librairie où nous sommes entrés ont pris une part active dans le mouvement de révolte populaire. Ils ont parlé spontanément avec nous et nous ont fait part de leur propre expérience. Il nous ont ainsi raconté avoir assuré des factions dans certaines rues tenues par la population. Ils ont bien sûr aussi évoqué les prochaines échéances électorales prévues au mois d’octobre pour l’élection d’une assemblée constituante. Pour eux, il leur semble normal que le processus démocratique prenne du temps. De leurs propos se dégageaient comme une forme de sagesse sur la situation politique actuelle. Nous avons tous été frappés par leur lucidité et leur maturité sur le contexte politique.
Avez-vous fait d’autres rencontres « marquantes » ?
Nous avons rencontré un prêtre : le Père Ramon. Espagnol d’origine, il vit en Tunisie depuis de très nombreuses années et connaît bien le pays. Il mène notamment un travail conséquent sur le dialogue intercommunautaire. Il est lui aussi revenu sur les derniers événements en date et plus particulièrement sur la question des communautés. Il expliquait ainsi qu’au début des événements, de nombreux membres de la communauté chrétienne sont venus se réfugier dans sa paroisse à La Marsa, de crainte que les chrétiens soient la cible d’extrémistes religieux. Mais il est apparu très rapidement que rien de tel n’allait se produire. Ces « réfugiés temporaires » se sont donc très rapidement réinstallés chez eux sans avoir à souffrir de quoi que ce soit. Il en ressort que les rapports entre la communauté chrétienne et la communauté musulmane restent très bons.
On connaît le rôle clé joué par les guides locaux dans la réussite d’un voyage. Quelle a été votre expérience lors de ce circuit ?
Nous avons eu la chance de voyager en compagnie d’un guide excellent, et ce à différents niveaux. Il possédait pour commencer de très bonnes connaissances de l’histoire de son pays, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Et il était très bon dans la transmission de son savoir. A chaque visite de site, il reprenait le contexte historique d’une manière concise tout en faisant le lien avec de précédentes visites lorsque cela apportait à la compréhension. Nous passions ainsi d’un site à l’autre mais toujours avec des références aux précédentes visites ce qui nous donnait une vision d’ensemble limpide. Sachant d’autre part que notre groupe avait un intérêt particulier pour saint Augustin, il avait pris le temps, avant même notre arrivée, de travailler tout spécialement sur ce sujet. En plus de ses connaissances, il s’est toujours montré attentionné et disponible tout au long du circuit. Il nous a partagé aussi son quotidien de citoyen tunisien au cœur de cette actualité mouvementée. Ce fut pour tout le groupe une belle rencontre faite d’échanges sincères et fructueux.
Vous avez donc, dans le cadre de votre programme, visité un certain nombre de sites majeurs de Tunisie. Ces sites et ces lieux ont-ils subi des dégradations liées aux récents événements ?
Les sites, antiques par exemple (Carthage, Dougga, Bulla Regia, etc.), n’ont pas connu de dégradations. Il en est d’ailleurs de même pour les centres-villes qui ne présentent quasiment aucun stigmate. On se rend donc dans des lieux parfaitement préservés avec une différence notable par rapport aux années passées : nous étions souvent le seul groupe de touristes lors de nos visites ce qui nous a permis d’apprécier pleinement toutes les découvertes.
Qu’en est-il de l’hébergement ?
Nous avons toujours été parfaitement reçus dans les hôtels. Le personnel était toujours très disponible et très serviable. Là encore, les derniers événements n’ont pas eu d’impact sur la qualité de l’hébergement, que ce soit sur le bâti comme sur l’accueil.
Pour conclure, que diriez-vous à des personnes qui hésiteraient à se rendre en Tunisie dans les semaines à venir ?
Il ne faut tout simplement pas hésiter à aller en Tunisie. Il n’y a pas de risque particulier et l’accueil y est vraiment excellent. Tout le groupe est revenu enchanté de ce voyage. Et moi qui étais venu il y a plusieurs années en Tunisie, j’ai noté une nette différence dans les rapports avec la population ; j’ai ressenti une grande facilité à échanger hors de tout contexte « économique ». Je peux d’ailleurs vous citer une anecdote assez révélatrice : je suis allé dans la médina de Tunis pour y acheter un ou deux souvenirs. A peine entré dans une boutique, j’ai commencé à parler avec le propriétaire. Nous avons tant et tant échangé qu’il en a oublié de vendre ses produits !